Kristen s'est entretenue avec un journaliste de Salon pendant la promotion de Sur La Route aux USA.
J’ai rencontré Kristen d’une façon assez particulière. Et je l’ai vraiment aimé ! Ce que je veux dire c’est qu’elle est une personne méfiante et prudente ; vous pouvez sentir lorsqu’elle vous observe pendant qu’elle décide si vous êtes un idiot ou pas et discerne si elle doit rester à des remarques neutres et polies. Il est possible que vous soyez comme ça également, si vous aviez 22 ans et vous étiez l’actrice la plus payée de l’histoire d’Hollywood.
Je ne lui ai rien demandé sur Robert Pattinson ou sur le statut actuel de sa vie amoureuse. Parce que ce n’est pas mes oignons et je m’en fiche complètement ! Alors si c’est ce que vous voulez lire, vous devriez aller voir ailleurs. Mais même pendant une conversation brève et nécessairement superficielle, j’ai pu apercevoir des bouts d’une vraie personnalité : Stewart est une jeune femme avec un esprit espiègle et qui a un penchant pour les apartés murmurés qui n’ont pas de sens, qui est enthousiaste pour son travail et qui se rend compte également que son ascension d’ingénue peu connue jouant dans des films indépendants comme Into The Wild et Adventureland à superstar a été une histoire incroyablement étrange.
Plus tôt cette semaine, la vierge-transformé-en-vampire de la saga Twilight tout juste terminée était à New York pour l’avant-première d’un film très différent de la saga : l’adaptation de Jack Kerouac à long cours Sur La Route par le réalisateur brésilien Walter Salles (Carnets de Voyage). Un projet-passion sur lequel Salles a travaillé cinq ans – et dont il a hérité de Francis Ford Coppola, qui a espéré de faire le film un jour avec Brad Pitt et Ethan Hawke dans les rôles principaux – Ce Sur La Route est décidément un fourre tout, visuellement magnifique et plein de musique et d’atmosphère, mais ne capture que quelques fois le syncopé, l’effervescence de la prose alimenté par la drogue de Jack Kerouac.
Stewart a travaillé dur pour la promotion de ce film depuis son avant-première à Cannes en mai, ce qui est remarquable considérant le fait qu’elle joue un second rôle et qu’il semble peu probable que Sur La Route va attirer le grand public. (Ses scènes ont été tourné il y a plus de deux ans, juste avant qu’elle ne tourne l’avant dernier Twilight.) Son personnage, connu sous le nom de Marylou dans le livre et le film, est basé sur une personne réelle nommée LuAnne Henderson, qui était plus ou moins la partenaire de l’ami charismatique et bisexuel de Kerouac, Neal Cassady, qui est devenu Dean Moriarty dans Sur La Route. (Dean est joué par Garrett Hedlund dans ce film révélateur de star.)
Bien qu’elle fut photographiée plus tard cette nuit là dans une robe de créateur en dentelle et transparente et des talons très hauts, quand j’ai rencontré Stewart elle était habillée plus discrètement, presque façon garçon
Une des virtus de la position post-Twilight de Stewart, tel qu’elle nous le reflète dans notre conversation, est qu’elle peut faire ce qu’elle veut dans un business et une ère où même les acteurs les plus travailleurs ont des choix limités. Il se peut qu’elle retourne ou qu’elle ne retourne pas au rôle de Blanche-Neige dans le sequel de la fantasy sombre Blanche-Neige et le Chasseur, et bien qu’elle a été choisi pour jouer en face de Ben Affleck (ndlr il ne s’était pas encore retiré du projet lorsque l’interview est parue) dans une comédie loufoque par les créateurs de Crazy, Stupid, Love Glenn Ficarra et John Requa, dont la production du film n’a toujours pas commencé. Dans le même temps ses publicistes lui proposent (avec un préavis de 12h) qu’elle pourrait être disposée à faire un entretien pendant quelques minutes dans son hôtel de New York avant l’avant-première de Sur La Route.
manqué, d’une chemise bleu, un pull beige et un slim bleu très près du corps.
Vous avez été incroyablement loyale envers ce film, même à travers une période où vous avez fait de la presse pour des raisons stupides.
C’est difficile parce que nous travaillons dessus depuis que nous avons été à Cannes [en mai]. Quand vous faites la promotion de quelque chose comme ça, dans lequel vous croyez, vous voulez être honnête et ouverte et empathique mais quand on vous pose la même question…
Genre 35 fois.
Exactement. Et vous donnez toujours les mêmes réponses, ce qui ne veut pas dire que c’est faux ou répété. Ca peut être quelque chose à laquelle vous avez pensé et vous croyez totalement en elle.
Vous savez, j’ai déjà rencontré ça, où j’ai interviewé quelqu’un et plus tard j’ai lu une autre de ses interviews où ils disent exactement la même chose, mot pour mot. Et pourtant je croyais que c’était une conversation totalement sincère. Et peut-être que ça l’était !
Aussi vous êtes une actrice. Vous pouvez sortir quelque chose encore et encore et y croire. C’est l’une de vos compétences.
Oui. Ouais, je suppose.
Vous savez, chez certains de mes amis amateurs de films, nous avons établi une sorte de convention, on vous réfère toujours à « La Fille dans Adventureland. »
Oh ! C’est vraiment amusant. C’est cool ! J’adore !
Et vous savez, ce n’est pas totalement une blague. Parce que je connais pas mal de gens qui vous ont adoré dans ce film et qui ont probablement jamais vu ces autres films un peu plus populaires que vous avez fait. [Rires].
Oui, je comprends.
Je vois votre carrière comme quelque chose ressortant de la physique quantique, où l’on ne peut pas prédire la trajectoire précise pour une particule, seulement des hypothèses. Il y avait une trajectoire probable pour vous, beaucoup plus plausible que ce qui s’est réellement passé. Cela vraiment part de Adventureland à Sur La Route et entre cela inclut Into The Wild et The Runaways et d’autre petits films indépendants qui n’ont jamais marché. Cela n’inclut pas la chose peu probable et folle où vous avez joué dans un petit et étrange film sur les vampires pour les adolescentes et êtes devenue la plus grande star de l’univers. Est-ce que cela vous arrive d’y penser ?
Oui. C’est marrant. Je crois que les moments où j’y pense sont les moments où je me demande si j’en ai marre d’être cataloguée, si les gens n’ont qu’une idée de moi. J’aurais définitivement un réel problème si cela m’empêché de faire ce que je fais – des choses qui m’ont réellement posé des défis. Ce qui inclut Twilight d’ailleurs.
Je n’ai jamais vraiment été capable de me projeter là dedans – vous voyez quand quelqu’un me demande, « Où est ce que vous vous voyez ? Quel genre d’actrice voulez vous être ? Quel genre de films voulez vous faire ? » Je ne peux pas répondre à ces questions. Je n’ai jamais pu être capable de me poser en dehors de ça et penser à quoi je veux que cela ressemble. Vous ne faîtes qu’avoir le bon pressentiment et le faire avancer.
Une partie de la légende Twilight est basée sur le fait que quand vous, Rob et les autres acteurs avaient signés pour vos rôles, dont Catherine Hardwicke en faisait la réalisation, et vous n’aviez aucune idée dans quoi vous alliez être plongé et à quel point ce serait un tel phénomène. Est-ce exact ?
Oh que oui. Même quand on est là dedans, pendant que c’était en train d’arriver – s’attendre à quelque chose comme ça de s’épandre était complètement fou. On n’en avait aucune idée. Pour nous au départ ce n’allait être qu’un seul film. Catherine Hardwicke a fait des plus petits films. On ne pensait pas qu’en rentrant là dedans qu’on allait faire une suite.
Avant que j’arrête de parler d’Adventureland – et je serais heureux de passer mes 15 minutes à en parler – je veux mentionner que même si ce n’était pas un succès et dont la promotion n’a pas été bien faite, je pense que [le scénariste et réalisateur] Greg Mottola devrait prendre les crédits pour avoir découvert des talents. Vous êtes dans ce film, Jesse Eisenberg aussi et Ryan Reynolds est aussi dans ce film, et aucun de vous n’étiez connu à ce moment là.
C’est vrai. C’est aussi le cas pour SuperGrave ! Il y avait Michael Cera, pour l’une des premières fois. Je sais qu’il a fait Arrested Development et des trucs dans le genre. Mais dans le film, c’était la première fois où tout le monde était genre « Oh mais tu es là ! Voilà ce mec ! » Il y avait Jonah Hill, Emma Stone. C’est dingue, vous avez raison.
J’ai été surpris de me rendre compte que Adventureland est sorti il y a moins de quatre ans. Mais beaucoup de choses vous est arrivées depuis ! Est-ce que cela vous paraît comme quelque chose de lointain ?
En fait, oui. J’ai fait ça juste avant Twilight alors j’avais 17 ans. C’était autour de la même époque où j’ai rencontré Walter Salles, qui était déjà en train de faire ce film [Sur La Route].
Sachant ce que vous savez aujourd’hui ce qui se passerait après vous ayez pris ce rôle avec Catherine Hardwicke…
Humhum
Je veux dire, sérieusement, je ne peux pas imaginer ce que ça doit être à 22 ans et avoir perdu presque totalement un certain degré d’intimité et d’anonymat dont 99,9% de nous prend pour acquis.
Oh, sérieusement !
Alors est ce que vous le referiez si vous pouviez ?
Oui. Certainement. Enfin sur certains niveaux. Je ne changerais pas le processus de fabrication des films. D’habitude j’ai cinq semaines voir cinq mois maximum de me rendre folle avec un personnage. Si vous m’auriez décrit le poids que cela aurait été sur moi, j’aurais douté d’être capable d’apporter le type d’énergie que cela prend pour faire un film. A la fin d’un film, beaucoup d’acteurs rentrent chez eux et deviennent malades ; il y a un certain temps de convalescence. C’est comme si que vous donniez toute votre énergie. De trouver un projet qui me permettait d’avoir le même sentiment pendant cinq ans – jamais je ne pourrais l’échanger. C’est à moi ! Evidemment vos expériences font de vous qui vous êtes, et c’est une grande partie de moi. Je ne peux pas m’imaginer ne pas l’avoir.
Et en même temps j’adore les films et j’aime avoir une forte présence dans ce business. Je ne peux pas renier l’absolu liberté que cela me donne, en tant qu’actrice, de faire ce que je veux. De choisir des choses vraiment bizarres ou alors des choses bien commerciales mais cool. Vous voyez ce que je veux dire ?
Normalement les acteurs font ce qu’ils peuvent, et c’est sympa de ne pas avoir cette contrainte.
Avez-vous gardé l’espoir, maintenant que la saga Twilight est terminée, que l’attention ridicule des médias que vous avez obtenu à certains moments va se normaliser ?
Oui. Et même dans les moments les plus ridicules je me sens normale, je me sens vraiment normale. C’est compliqué de dire que tout est noir ou blanc, mais sur certains niveaux je suppose que j’ai une perspective unique. Je regarde le monde d’une façon étrange à cause de tout ça. Mais ce n’en est pas moins moins intéressant. Je ne suis pas privée d’une once de ma vie, vous savez ? Ca serait vraiment stupide de nier à quel point c’est intéressant de regarder le monde de cette façon.
Gardez vous des notes ? Est-ce que vous allez écrire un livre ou quelque chose ? Je ne sais pas si c’est dans vos cordes.
Oui, je ne sais pas. J’aime écrire, mais je ne sais pas si je suis le meilleur conteur. [A voix basse]. Fondamentalement les gens sont fous.
Je me souviens vous avoir vu à plusieurs reprises, au bout d’une pièce, à des soirées à Sundance quand vous y étiez pour The Runaways, et on avait vraiment cette impression que vous faisiez du bon travail à avoir une expérience normale – malgré le fait qu’il y avait 80 photographes dehors qui attendaient que vous sortiez.
Oui. Et à Sundance c’est complètement déconcertant. C’est du genre « Allez laisser moi vivre ça normalement ! » Cela me déconcerte vraiment – dans des situations comme ça, où c’est inapproprié. C’est ce qui m’énerve vraiment.
Eh bien vous étiez la personne cette année qui apportait le star power. Parce qu’à Sundance, vous pouvez croiser des gens dans la rue, comme ça. Une fois j’ai croisé David Bowie et personne ne lui prêtait attention.
C’est vrai. Et le problème à Sundance pour moi, à ce moment, était que vous pouviez apparaître à un endroit et les gens devenaient [soupir exagéré] « Oh mon Dieu ! C’est génial ! » Il y a tous ces gens et c’est dingue. Vous êtes sur ce nuage – vous êtes à Sundance. Vous ne faîtes plus parti des films indépendants. Vous apportez les paparazzis. Et je suis là genre « Mais j’ai presque grandi ici ! C’est quoi ce délire ! » [Rires].
Peut-être que c’est une chose étrange à dire étant donné combien d’argent et adulation vous avez gagné par Twilight, mais je me demande si vous sentez que la difficulté du défi du jeu d’acteur a été sous-estimé par les critiques et les non-fans. Ils ne sont pas mes films préférés, mais ils ont beaucoup mieux que les livres ! Le cast en général fait un bon travail, et votre personnage est vraiment bien pensé et conçu avec précision. Est-ce que vous pensez que les gens ne se rendent pas compte de ça ?
Je ne sais pas. J’ai l’impression que les gens pensent que c’est moi ! [Rires]. C’est assez marrant. Je dis ça tout le temps et je ne veux pas me contredire : je me sens vraiment proche de tous les personnages que je joue. Je ne suis pas le genre de personne qui se cache derrière ses personnages. Je ne suis pas un acteur-personnage. La raison pour laquelle je suis capable de faire ce boulot, est que vous lisez un bout de ce qu’est le personnage qui se révèle en vous. Ca peut être choquant et surprenant, et il y a des aspects qui sont un peu plus enfouis qu’ils n’y paraissent. Mais en même temps, c’est dingue pour les gens de penser que j’étais réellement en train d’avoir cette expérience, que j’étais dans Twilight-land.
Mais en même temps pas mal de vos fans pensent ça, est ce que j’ai raison ?
Bien sûr ! Les gens pensent que c’est moi, que c’est qui je suis, que je suis Bella. C’est dingue. Parce que je suis – assez différente, de tellement de manières. L’autre jour, quelqu’un m’a demandé dans une interview « Alors est ce que ça ne vous dérange pas que vous n’êtes pas al favorite des critiques ? Vous ne voulez pas une certaine reconnaissance ? » Oh mon Dieu. Ce n’est pas le problème. C’est un peu la même réponse que pour le fait d’être catalogué. Si je commence à me prendre des murs, si je commence à sentir que je ne suis plus mise au défi, si je me sentais stagnante, là ça serait le cas.
Mais je me sens tellement chanceuse d’avoir pu être capable de bouger. Dès que vous commencez à faire des choses pour cette raison, c’est tellement fou. En plus, vous parlez à des gens qui veulent vraiment parler de vos films mais qui ne sont pas vraiment dedans. Alors, ce n’est pas que cette perception générale, qui est que je suis la fille de Twilight qui s’en prend plein la tête.
Aviez-vous Sur La Route de Kerouac avant d’accepter le rôle ? [Elle hoche la tête]. Parce que c’est une histoire de mec.
C’est un livre de mec.
Ce que je veux dire c’est que les filles sont là pour le sexe. [Rires]. Mais il n’est pas trop préoccupé par leurs individualités, leurs pensées intimes, leurs parcours personnels. Et en quelque sorte, vous trouvez une vraie personne là dedans, une personne très physique, mais une personne qui paraît être vivante et présente et au moins qui a un peu sa vie en mains.
Ce n’est pas leurs histoires et j’avais peur de jouer une caricature, quelqu’un qui servait juste pour l’ambiance, qui donnait le ton pour les scènes de fêtes folles et sauvages. Lisant le livre, il y a tout ces petits détails qui rendent Marylou plus intéressante. Vous vous posez des questions sur elle, mais vous ne savez pas qu’elle est son état physique ou émotionnel. Pour jouer le rôle, cela a changé totalement le plan dès que l’on a connu les personnes sur lesquels les personnages sont basés.
Dans votre cas, vous êtes en train de parler de LuAnne Henderson, qui est devenue Marylou dans le livre.
Oui. La réalité de la situation n’est définitivement pas à l’écran, mais je pense qu’on le ressent plus que dans le livre. Je ne sais pas – pour quelqu’un qui peut lire le livre et penser que les femmes sont utilisées, elles sont utilisées et abusées et prises d’une manière qui les laisse vides – vous ne pouviez pas faire ça à cette fille. C’était impossible. Elle était la partenaire la plus formidable pour lui. Ils se sont connus jusqu’à la fin de sa vie, et il ne pouvait s’empêcher de la revoir.
Savoir certaines de ces choses et entendre la façon dont laquelle elle se souvient de sa vie – c’était tellement personnel pour elle, et elle était inconsciente du mouvement dans lequel elle était. C’était vraiment rare de trouver un personnage aussi jeune, et une fille de cette époque – je ne veux pas paraître super évidente sur ce sujet – qui était tellement prête à vivre sa vie à sa façon. Elle n’était pas paralysée par la peur qui vient avec le fait d’être une adolescente et ne pas savoir où vous allez et ne pas se connaître totalement. Elle avait cette confiance en elle et cette telle conscience de soi. Elle manquait de vanité, ce qui était, surprenant pour une fille si jolie – elle n’en avait aucune idée. Elle la personne la plus emphatique, généreuse et géniale qui soit.
Vous savez quand vous lisez le livre vous pouvez avoir le même ressenti qu’il a eu de ces personnes. A quel point il les a aimés et à quel point elles étaient remarquables. C’est génial. Mais quand on écoute ces cassettes, c’était tellement étrange. Vous écoutez 5min cette femme et vous riez déjà. Elle est incroyable ! On est tombé amoureux d’elle tout de suite, et elle n’avait dit que quelques phrases. C’est ça dont Kerouac
parlait ; il ne plaisantait pas. Il avait totalement raison ! C’est ce qui a rendu tout ça plus fun.

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